SEXUALITE, GENETIQUE ET FAMILLE

1. L’union matrimoniale entre personnes de même sexe est maintenant un donné de la législation française. Quoique la polémique ne soit pas éteinte pour autant, elle tend naturellement à se déplacer sur la question connexe de la parentalité homosexuelle. Il ne pourra en résulter qu’une clarification de la situation, car il était artificiel de distinguer la filiation du mariage, qui y a toujours trouvé sa seule raison d’être. Mais il faut bien noter que la question ne se pose plus dans les mêmes termes. Juridiquement, les termes du problème sont mêmes inversés.

Le mariage homosexuel présupposait, plus qu’il ne réalisait, une parfaite égalité de condition juridique entre homme et femme, égalité allant même jusqu’à l’indifférenciation. Au contraire, la parentalité homosexuelle maintient une différenciation des rôles parentaux qu’au demeurant elle est encore, en l’état actuel des choses, bien obligée d’accepter. L’enfant est génétiquement issu, à part égales, d’une cellule mâle et d’une cellule femelle. On n’a donc pas suffisamment remarqué que la parentalité homosexuelle, si elle suppose, on l’a dit, une préalable égalité de statut entre les deux sexes, n’entraîne pas une parfaite indifférenciation des rôles parentaux, qui demeurent sexués.

2. Cela ne forme pas pour autant un obstacle à la parentalité homosexuelle. C’est ainsi que dans un couple de femmes, l’une des deux sera biologiquement et juridiquement la mère, tandis que l’autre sera seulement structurellement à la place du père réel, donneur de sperme plus ou moins médicalement assisté en cela, ou même père légal ou réel de l’enfant adopté. En tant que cette femme remplace et se substitue au père biologique, elle sera un père fictif.

C’est ainsi que sous le Code civil du Québec il est interdit à l’épouse lesbienne d’aller à l’encontre de la présomption pater is est, qui veut que le mari de la mère soit supposé être le père, et d’agir en désaveu de paternité, dès lors qu’elle a été associée au projet de procréation médicalement assistée dont l’enfant est effectivement issu. Réciproquement, en cas de couple d’hommes, celui des deux qui n’a pas de lien biologique avec l’enfant prendra en quelque sorte la place de la mère biologique, évincée par adoption ou autrement. Les parents homosexuels peuvent d’ailleurs, d’un enfant à l’autre, inverser les rôles. Il n’empêche que, hormis le cas plus confus où ni l’un ni l’autre n’aurait de lien biologique avec l’enfant, le phénomène de la parentalité homosexuelle tient à ce qu’un homme soit en place de mère, et une femme en place de père.

3. Peut-être y as-t-il quelque chose de l’aboutissement ultime du fantasme homosexuel, pour une femme, de prolonger la séduction et l’opération de l’acte sexuel sur une autre femme, jusqu’au point de lui susciter un enfant – vraiment comme un homme. Et réciproquement, pour l’homme qui se donne passivement dans l’acte sexuel à un autre homme, n’est-ce pas le terme du parcours que d’aller jusqu’à lui donner un enfant – vraiment comme une femme.

Sans nier que le puissant désir d’enfant, qui relève de l’instinct de survie, y tienne évidemment sa part, il semble bien que le phénomène de la parentalité homosexuelle puisse être rapproché de celui du travestisme, et même du transsexualisme. La parentalité homosexuelle pourrait bien relever du fantasme de changement de sexe ; volonté de l’homme d’enfanter comme une femme, et de la femme de procréer comme un homme, et d’être, l’un comme l’autre, reconnus pour tels par l’enfant.

4. Ce qu’il y a d’absolument remarquable c’est que le Droit, non pas seulement la législation (qui peut être modifiée et que l’on peut plier à peu près selon les désirs de chacun), mais le système juridique en son entier, ordonnancement théorique et juristes compris (qui en forment l’appareil humain), soit capable d’acclimater pareil fantasme. Juristes comme non juristes, adversaires comme partisans de la parentalité homosexuelle seront intéressés d’apprendre qu’en effet, le Droit, un Droit dont la séparation réputée infranchissable entre les deux sexes constituait jadis, il n’y a pas si longtemps, le socle, ait pu en arriver à fournir ainsi au fantasme l’instrument de sa réalisation.

Peut-être, d’ailleurs, la perversité tient-elle aussi un peu au fait que cette loi, capable ici ou là d’interdire et de punir très sévèrement les actes homosexuels, soit susceptible également de fournir les instruments de leur ultime réalisation. Voilà bien ce qu’il faut observer, ce que les partisans de l’homoparentalité seront heureux d’apprendre, et que les réactionnaires de tous bords auraient tort de ne pas admettre : le Droit fournit aux personnes qui le désirent les instruments de la transgression de la limite que la nature leur avait assignée. Admettre ce dernier fait est un préalable pour entreprendre d’en chercher la raison. Car la seule question qui mérite d’être posée, qui intéressera là encore partisans comme adversaires de la parentalité homosexuelle, c’est de savoir comment et pourquoi on en est arrivé là.

Dernière modification de la page le 20.10.2015 à 16:38