La controverse de Ravenne (extrait)

Depuis la seconde moitié du XIe et jusqu’au début du XIIIe siècle l’Église catholique imprime à la société une forme familiale très originale qui reste aujourd’hui encore la principale des caractéristiques de l’Occident. Elle le fait en étendant l’interdit de l’inceste jusqu’à la septième génération canonique, ce qui revient pour la ligne collatérale la plus lointaine au quatorzième degré romain. Nous allons chercher à comprendre la doctrine qui anime alors l’Église, tant à la lumière du rapport que Pierre Damien fait de la fameuse controverse de Ravenne dans son De parentelae gradibus, qu’à celle de ses prolongements tels qu’ils ressortent de la Cause 35 du Décret de Gratien (1135/1140), dès la Question 1, et en particulier avec la décrétale d’Alexandre II (1063 ou 1076), qui en constitue le canon 2 de la Question 5. Il s’agit d’abord d’expliquer pourquoi et comment l’Église a pu disposer d’un tel pouvoir. Après tout, le phénomène a de quoi susciter la curiosité. Et il faut donner aussi la raison qui fonde son droit de se charger de la question, ce qui permettra de préciser comment elle la comprend, et quelle horreur spécifique pour l’inceste en soi elle développe et répand alors dans la société occidentale.

Dernière modification de la page le 10.07.2021 à 21:12